Rwanda : l’arme du mensonge fonctionne

Après la fuite du général Kayumba Nyamwasa la semaine dernière, Kigali l'a  accusé  d’être derrière les grenades ayant explosé récemment dans la capitale rwandaise. Pourtant le porte-parole de la police avait annoncé une semaine auparavant et avec certitude que les responsables des attaques à la grenade étaient des Interahamwe et trois suspects avaient même été arrêtés et avoués leurs forfaits ! Une grotesque mise en scène?

MG
5/3/2010

Rwanda : Mutobo ou le « Guantanamo africain ».

Violation de la 3ème Convention de Genève de 1949 par le Rwanda avec la complicité de la presse internationale et le silence de la communauté internationale.

Mutobo est ce centre situé au nord du Rwanda sur la route Ruhengeri-Gisenyi et qui accueille des combattants des FDLR ou de RUD-Urunana capturés en RDC ou qui se rendent à l’armée rwandaise. Ce lieu est devenu un point de passage obligé pour tous les visiteurs qui arrivent au Rwanda. Que ça soit les journalistes, les personnalités politiques, les membres des ONG, etc., tous doivent faire le pèlerinage à Mutobo pour observer et assister aux tortures psychologiques infligés à ces prisonniers de guerre. Le centre revient en deuxième position des sites à visiter après le mémorial de Gisozi.

Leur statut de prisonniers de guerre ne fait aucun doute. L’article 4. de la troisième Convention de Genève de 1949 relative au traitement des prisonniers de guerre définit le prisonnier de guerre comme : « …combattant qui a été capturé. Cela peut être un soldat d’une armée, un membre d’une milice ou encore certains civils comme les résistants. »

Presque journellement, ces prisonniers de guerre sont exposés à la presse dans des show médiatiques au cours desquels ils doivent invariablement répéter les rudiments inculqués par leurs geôliers :

-          Exprimer leurs regrets ;

-          Louer le régime en place qui les « a bien accueillis » ;

-          Dénoncer leurs anciens supérieurs et inviter leurs anciens camarades à les rejoindre…

Bref, Mutobo est devenu un des instruments les plus performants de propagande politique du régime en violation des Conventions de Genève de 1949 ainsi que de leurs Protocoles additionnels de 1977.

Les personnalités politiques étrangères, les membres des ONG, les journalistes de la presse internationale qui visitent Mutobo se rendent complices de la violation de la 3ème Convention de Genève de 1949 dans ces articles 13, 14 et 17 qui obligent les états signataires (dont le Rwanda) à « …traiter humainement les prisonniers ; la torture et tous les actes de pression physique ou psychologique sur ces derniers sont interdits ».

Il est étonnant et à la limite révoltant que la communauté internationale se rende complice et même encourage un régime dictatorial à continuer à violer les conventions et traités qu’il a lui-même ratifiés. Même le Comité International de la Croix Rouge (CICR) de Genève, pourtant garant de ces conventions, n’ose pas lever le petit doigt. Il est interpelé et il y va de sa crédibilité.

Emmanuel Neretse.
25/01/2010

 

 

 


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Commentaires / réactions

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Kabunga Fidelis from Canada (Thursday, 04-02-10 02:07)

Mr, excuse-moi j'ai des questions pertinantes:
1)Mes les inquiètudes règnes dans la zone que vous nommez souvent les pays de grands Lacs,
POUVEZ donner des éclaircissements ou des explications ouvertes pouvant démontrer l'orgine de ce lourd surnom que portent les pays concernés?
Connaissez-vous que le problème concerne le monde entier?
Pourquoi sous estimé le prblème généralisé?
Merci.

 

Neretse Emmanuel from Bruxelles/Belgique (Wednesday, 03-02-10 14:20)

Cher Monsieur Sapipa Konga Désiré,
Merci de l'intérêt que vous portez sur la situation politique et sécuritaire du Rwanda en général et sur les publications y relatives en particulier dont mon article ci-dessus.Pour répondre brièvement à vos interrogations je vous dirais ceci:
1.Hélas, ces prisonniers sont déchus de tous leurs droits civiques; ils ne peuvent être ni électeurs ni éligibles.
2. Ils ont des cartes d'identification indiquant qu'ils sont des ex-combattants, en lieu et place des cartes d'identité, ce qui permet de contrôler leurs mouvements et restreindre leurs activités.
3.Le sieur Hakim (José Kagabo) est un tutsi installé de longue date en France dont il a acquis la nationalité.Il a longtemps enseigné à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris.Depuis la prise du pouvoir du FPR en 1994, il est l'un des relais du régime en France. En 2009, il fut récompensé et fut nommé par Kagame" Sénateur". C'est donc désormais à partir de Kigali qu'il travaille au rapprochement de ses deux pays.
Quant au malheureux général Paul Rwarakabije, il est vice-président (c-à-d rien)de la commission de démobilisation, le président étant le tutsi Jean Sayinzoga. Son rôle se limite à lancer des appels à ses anciens soldats pour qu'ils se rendent et à être exposé à la presse internationale pour montrer qu'il existe quand-même un général hutu!
Je reste à votre disposition pour d'autres eventuelles précisions.
Emmanuel Neretse.

 

SAPIPA KONGA Désiré from Kinshasa/RD-Congo (Wednesday, 03-02-10 09:54)

Je voudrais ici, remercier Mr Gaspard qui ne cesse de nous éclairer sur ce se passe réellement au Rwanda. Ses analyses pertinentes, son objectivité dans la façon dont il informe son public et surtout la culture rwandaise qui attire d'autres africains en matière de sexualité, constituent pour nous une lanterne interplanétaire. Je suis de ceux qui lisent régulièrement vos articles et vous en remercie très sincèrement.

 

SAPIPA KONGA Désiré from Kinshasa/RD-Congo (Wednesday, 03-02-10 09:48)

Merci pour cet article qui éclaire en core une fois l'opinion de ce qui se passe réellement au pays des milles collines.
Je suis Congolais, chercheur et Assistant en Rlations Internationales. La question des Grands Lacs africains a toujours sensiblement attiré mon attention.
J'ai néanmoins quelques préoccupations:
1. Est-il vrai que ces prisonniers Hutus Rwandais, à la fin de leur passage à Mutobo, n'ont plus droit d'élire ou de se faire élire car ils n'ont pas accès facile à la carte d'identité?
2. Les activités politiques leurs seraient aussi interdites et le cas échéans, ils ne sont autorisés à entreprendre une quelconque activité commerciale de peur de soutenir financièrement leurs frères qui sont restés en brousse à l'Est de la RDC?
3. Que représente Mr. Hakim, ce Hutu utilisé par Kigali dans la normalisation des relations franco-rwandaises pour ses frères aujourd'hui. Et le général P. Rwarakabije chargé de la commission nationale de la démobilisation, il en dit quoi?

Mes remerciements anticipés et bonne année 2010.

 

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