Rwanda : La suppression du Français dans l'EnseignementLe gouvernement rwandais a décidé de supprimer le français comme langue d'enseignement. Cette mesure est lourde de conséquences. Même la presse rwandaise est de cet avis. |
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On balbutie, on se lamente et on geint autour d’une décision impopulaire de tout angliciser. Ça y est on peut revenir sur le débat que soulève cette décision du récent Conseil des Ministre précisant que dorénavant l’anglais est promu langue d’enseignement et le français, langue enseignée ; une décision juste ministérielle alors qu’elle concerne l’avenir de toute la société. Le Sénat ou la Chambre des Députés ont-ils été concertés à ce sujet? Au cours de la conférence de presse du Président Paul KAGAME avec la presse, un journaliste pose une question à ce propos. Le monsieur a pris le soin d’inviter son baroudeur qui défend les dossiers compliqués et impopulaires intentés par l’actuel gouvernement, en la personne de MUTSINDASHYAKA Théoneste, Secrétaire d’Etat à l’enseignement primaire et secondaire. Celui-ci s’étonne de voir le journaliste poser la question de savoir comment ce projet sera mis à exécution. ‘‘Il n’y a rien de compliqué, voyons ! Je ne sais pas pourquoi une certaine opinion se fait trop de souci à ce propos’’, a-t-il déclaré en poursuivant sa persuasion mécanique. Apparemment il pense que l’esprit humain est une machine mécanique, qu’il faut tourner une manivelle ou un boulon déréglé pour que le moteur cervical tourne autant qu’il le veut. Dans son monologue persuasif, il est appuyé en conclusion par le président- grand conférencier du jour : - ‘‘Et puis ce Français est difficile à maîtriser’’. Des explications évasives qui montrent la précarité d’une décision prise par un forum (Conseil des Ministres) qui ne fait qu’approuver des décisions venant de il-ne-sait-où. Cependant entre une décision et son application, là également on aura à rencontrer beaucoup de difficultés. En l’absence de linguistes chevronnés autant qu’ils existent dans les pays où le bilinguisme a parfaitement réussi comme le Canada ou la Suède ou la Norvège, le Rwanda est peuplé de personnalités politiques qui, avec peu de sous dans la connaissance scientifique d’un problème ou d’une matière donnés ; se targuent de croire que tout est faisable. Et puis, elles ne vont pas très loin leurs réflexions pour évaluer les défis et les conséquences qui jonchent le chemin de la marche de l’action à entreprendre. Une société ouvriériste souhaitée ? Sans contredit ! On ne comprendra jamais comment les vœux des hauts dirigeants du pays doivent être des ordres quand bien même ils sont contre toutes les tendances populaires. Et puis, c’est aussi étonnant de voir comment toute la classe politique rwandaise de l’intérieure se tait dès qu’on annonce cette instruction ministérielle tendant à museler toute une frange de la population rwandaise francophone tout en introduisant à coup de marteau un nouvel instrument de transmission des connaissances qu’est l’anglais. Les centres universitaires tel l’ULK/Université Libre de Kigali avec plus de 12000 étudiants décident que dès l’année académique 2009, les cours seront dispensés exclusivement en anglais. Les profs qui ne seront à même de prester dans cette langue n’ont qu’à aller se faire voir ailleurs. Il en sera de même nécessairement pour les enseignants des écoles secondaires publiques et subsidiées. Donc cette décision du Conseil des Ministre de promouvoir l’anglais comme langue d’enseignement va faire des malheureux ; ceux-là qui seront réduits au chômage pour ne pas avoir été capable de s’adapter au nouvel environnement linguistique anglais. Force est également de constater que certaines secrétaires des ministères délient leurs langues et confient qu’un briefing venu d’en haut veut qu’on privilégie l’anglais comme langue de travail et de correspondance ministérielle. « Désormais il est interdit de réceptionner des documents ou dossiers écrits en français », confie cette secrétaire qui parle difficilement, du reste, son anglais. Les décideurs politiques rwandais ont-ils décidé que désormais les citoyens rwandais sont des moutons de panurge ? Croient-ils que l’esprit humain marche comme un engin mécanique qu’on huile comme on veut pour qu’il marche ? Tenez ! Quelques voix timidement critiques montent de la salle du Parlement où les honorables sont rassemblés pour se faire expliquer la décision unilatéralement ministérielle. Tous les députés se perdent dans les salamalecs laudatifs montrant que le Gouvernement (l’Exécutif) fait de bonnes initiatives comme celle de consacrer l’Anglais langue première. Tous ? Non ! Une voix, celle de l’honorable MUNYANGANIZI BIKORO, ancien secrétaire d’Etat au Ministère des Terres et Environnement. Celui-ci critique ce statut que le Conseil des Ministres veut conférer à l’Anglais. Comme le Ministre évoque l’argument de l’entrée du Rwanda dans le bloc Est Africain anglophone, Mr BIKORO lui rétorque qu’il ne sert à rien de promouvoir cet anglais audit statut, qu’il aurait mieux valu que ce soit plutôt le Swahili qui est communément utilisé dans les cinq pays formant le bloc ; tout en mettant peut-être beaucoup d’accent particulier sur l’usage de cet anglais. Un aménagement linguistique bien étudié et réussi ailleurs Pourquoi ne pas prendre l’exemple sur la société norvégienne qui, à force d’aller doucement, y est arrivée sûrement sans brusquer ne fut ce qu’une seule conscience regimbante ? Tenez, dans ce pays-là, l’anglais est promu langue première et le Finlandais second dans l’enseignement public pour les locuteurs finlandais. Mais comme il y a une forte colonie suédoise faite de commerçants et autres industriels, les aménagistes linguistes ont décidé que l’enfant suédois devra apprendre l’anglais comme langue première, puis le Finlandais en second lieu et enfin le Suédois. Et puis, il doit avoir été dépensé des sommes non maigres pour réaliser cette étude par des scientistes experts en la matière avant de tomber sur le bureau du ministre en charge de l’éducation. En effet, un tel projet ne s’entreprend pas en un coup de tête. Il est le fruit de mûres et patientes recherches. Au Rwanda, avec le peu de têtes fortes dont on dispose, tout le monde se fait docte. On ira même jusqu’à supprimer les facultés des langues dans les Universités rwandaises que cela ne me surprendra. Pourquoi ? Les structures et modes de gouvernance en place à Kigali se rapprochent du soviétisme. Un tel a lancé une idée, du reste tout à fait concertée dans les coulisses ou dans d’autres puissants fora ; l’important ce n’est pas l’idée en soi, son adoption comme décision souveraine dépendra de la pointure de la personne qui l’aura émise ou alors de sa façon d’être branchée dans les cercles dirigeants du pays. Ainsi en a-t-il été de cette décision de gommer le français des manuels scolaires des élèves et écoliers rwandais. Certains départements du Ministère des Finances ont déjà décidé que seul l’anglais est la langue de travail. Alors, il sera facile de manager le pays à la mode ouvriériste où une idée lancée est vite adoptée « moyennant quelques retouches » de forme et nom de fond. Le Conseil des Ministres agit-il autrement ? Le Parlement rwandais aura-t-il rejeté ne fut-ce qu’un projet de loi venant de l’Exécutif parmi les plus de 300 qui ont été approuvés ‘‘moyennant quelques retouches’’ durant la période qu’a duré le premier Parlement élu (2003-2008) ? Le sénateur rwandais est-il équipé d’une équipe permanente d’experts multidisciplinaires lui permettant de faire des recherches poussées afin d’étayer ses discours persuasifs quand besoin est ? Non ! Rien de nouveau sous le ciel rwandais pour ce qui est du tact dont doit se draper le politicien rwandais afin de ne pas prendre au jugé des décisions impopulaires. Quoi ? Promeut-on la langue anglaise comme médium de transmission des connaissances ? Très bien ! Cela fera certains heureux. Mais pourquoi ne pas prendre la question autrement, meubler l’horaire hebdomadaire de beaucoup de séances d’anglais, dans une première étape. L’étape qui devra suivre étant d’une façon sui generis son adoption comme langue première. Les autorités actuelles devraient penser sérieusement à toute décision qu’elles prennent et former une équipe d’hommes cultivés indépendants pouvant, après mûres recherches, montrer qu’un tel projet sied à la société rwandaise ; que telle autre devra prendre telle direction pour réussir ou alors qu’elle est carrément à abandonner. Une société composée d’incultes soit-elle ne se gère pas au pas cadencé et à la charge. Les décisions sont rarement mécaniques dans toutes les administrations étatiques du monde entier. L’opinion publique attend avec curiosité la réaction du Sénat rwandais à propos de la dite décision ministérielle qui fait tant d’encre. NDJ
Éditorial Points Focaux La revue hebdomadaire de la presse rwandaise N° 354 du 1er au 7 novembre 2008
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