Rwanda : Justice et réconciliation rendues impossibles ?En s’attribuant le ‘‘génocide rwandais’’ et en se présentant comme victime de celui-ci, la composante ethnique de la société rwandaise qui détient le pouvoir au Rwanda depuis 1994 a verrouillé toutes les issues et rendu la justice et la réconciliation impossibles dans ce pays. |
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En s’attribuant le ‘‘génocide rwandais’’ et en se présentant comme victime de celui-ci, la composante ethnique de la société rwandaise qui détient le pouvoir au Rwanda depuis 1994 a verrouillé toutes les issues et rendu la justice et la réconciliation impossibles dans ce pays.
Le terme « génocide » est apparu pour la première fois en 1944 de la plume d’un juriste américain d’origine juive polonaise Raphaël LEMKIN. Il tentait de définir les crimes perpétrés par les Nazis à l’encontre des peuples juif, slave et tzigane durant la seconde guerre mondiale. Le mot apparaît en français en même temps que son apparition en anglais. D’abord employé à propos des Nazis, il se dit de la destruction méthodique d’un groupe ethnique.
Sans tarder, le terme fut récupéré par la propagande des mouvements et des groupes subversifs de tous genres dans le but de s’attirer la sympathie de l’opinion et justifier leurs actions souvent meurtrières et gratuite contre l’ordre établi.
Dans le cadre rwandais, l’on se souviendra du fameux discours du Président Grégoire Kayibanda prononcé en 1063 et dans lequel il martelait : « Qui est génocide ?» Il répondait alors aux accusations du mouvement terroriste INYENZI qui était composé de nostalgiques du régime féodal déchu en 1959 à la suite de la Révolution sociale. Ce mouvement armé attaquait la jeune République Rwandaise à partir du Burundi et de l’Ouganda (déjà !) voisins. Dans leur propagande, les INYENZI voulaient faire admettre que les serfs qui se sont soulevés pour secouer le joug féodal et qui ont ainsi mis fin à une domination vieille de quatre siècle auraient commis un ‘‘génocide’’.
La même propagande faisait croire que les seigneurs féodaux, qui avaient préféré l’exil à la coexistence dans la démocratie, furent victimes de ‘‘génocide’’. Enfin ces nostalgiques du régime féodal voulaient faire admettre que les opérations de la Garde Nationale (l’ancêtre de l’Armée Rwandaise) pour s’opposer aux incursions des mêmes INYENZI étaient des actes génocidaires.
C’est alors que le Président Kayibanda, dans un des de ses élans oratoires qu’on lui connaissait, a démoli un à un les arguments des INYENZI.
Le président Kayibanda a démontré que ceux qui préparaient les attaques à partir de l’extérieur du pays, qui menaient ces attaques au Rwanda en tuant leurs compatriotes et déplaçant beaucoup d’autres, étaient les seuls et véritables ‘‘génocides’’ (on dirait actuellement ‘‘génocidaires’’). D’où ses interrogations incantatoires et répétitives : « Qui est génocide ?».
Nous invitons tous ceux qui n’ont pas connu cette période ou qui n’auraient pas lu ce discours mais qui s’intéressent à l’histoire du Rwanda de découvrir et de méditer ce texte.
De puis l’apparition du concept de « génocide », le caractère génocidaire est discuté et plusieurs massacres sont revendiqués comme génocides.
Enfin de compte, seuls trois génocides ont été reconnus au plan juridique par l’ONU.
1. Le génocide arménien commis par l’empire ottoman (Turquie actuelle). Le caractère génocidaire des massacres des Arméniens en 1915-1916 a été reconnu dans un rapport de l’ONU en 1985.
2. Le génocide des Juifs commis par les Nazis en Allemagne et ailleurs en Europe a été reconnu par la Cour de Nuremberg en 1945.
Ce génocide a servi de référence pour définir un crime de génocide
3. Le génocide rwandais a été reconnu par l’ONU, dans le rapport de sa Commission des Droits de l’Homme en 1994 puis lors de la création du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (résolution 955 du Conseil de Sécurité du 8/11/1994). On notera cependant que plus de 10 ans après le début des procès devant ce Tribunal, le Procureur n’ayant jamais pu établir la planification dans le chef des inculpés, et devant la pugnacité des avocats de la défense, la Cour d’Appel a dû recourir à l’argument massue pour couper cours à toute contestation de caractère génocidaire des événements du Rwanda. Il a rendu une décision assimilant le génocide rwandais à un « fait de notoriété publique » (voir décision dans Karemera et al., case : ICTR-98-44-T).
Ainsi donc pour le grand malheur du peuple rwandais, les événements qui ont endeuillé sa mère-patrie se voient collés aux autres qui ont eu lieu de part le monde mais n’ayant aucun lien ni aucune caractéristique similaire.
Dans le cas des Juifs, on notera que :
- En 1940, les Juifs n’avaient pas une armée à eux qui se battait contre les armées allemandes ;
- Les Juifs n’ont pas défait les armées allemandes sur le champ de bataille ;
- Les Juifs n’ont pas pris le pouvoir d’Etat en Allemagne et ne sont pas directement devenus les maîtres de leurs anciens tortionnaires.
Quant aux Arméniens :
- En 1915, ils ne disposaient pas d’une armée à opposer aux forces turques ;
L’armée turque n’a jamais été défaite par une quelconque armée arménienne issue des victimes du génocide ;
- Les Arméniens n’ont pas conquis la Turquie ni n’ont été au pouvoir dans ce pays.
Dans ces deux cas de figure, la justice et la réconciliation furent possibles car les ‘‘victimes’’ ne devinrent point les maîtres de leurs ‘‘bourreaux’’.
L’Etat allemand et l’Etat juif d’Israël entretiennent de très bonnes relations. Israël en tant qu’Etat et les Juifs, pris individuellement, aucun d’eux n’en veut aux Allemands contemporains.
L’Etat d’Israël ne peut pas édicter des lois en Allemagne-même qui lui permettraient de régner en maître dans ce pays, sous prétexte que les Allemands ont commis le génocide sur eux au cours de la 2è guerre mondiale.
De même les Arméniens ont eu leur Etat : l’Arménie. La Turquie reste aussi un Etat souverain. Les Arméniens ne peuvent pas et n’ont pas les moyens d’humilier ni de réduire les Turcs en citoyens de seconde zone sous prétexte que les premiers furent victimes de génocide commis par les derniers.
Au Rwanda les événements de 1994 furent, contre toute logique, classés dans la même catégorie que ceux de 1940-1944 en Allemagne et de 1915 dans l’empire ottoman.
Pourtant rien ne rapproche la situation rwandaise de ces deux-là.
Sans revenir à ce que nous venons de faire remarquer pour les Juifs et les Arméniens, notons qu’au Rwanda, en 1994, ceux qui se réclament du génocide :
- avaient une armée qui se battait avec l’Armée Rwandaise depuis plus de quatre ans ;
- qu’entre-temps, leur armée a défait celle du pays dont ils clament avoir été victime de génocide ;
- que depuis juillet 1994, ils ont pris le pouvoir dans l’Etat dont ils étaient victimes de génocide et que depuis lors le reste de la population est soumise à leur loi.
On est loin de la situation des Juifs génocidés par les Allemands ni des Arméniens victimes des Turcs. Les Allemands ne subissent pas le joug des Juifs et encore moins les Turcs celui des Arméniens. Pour les Rwandais, c’est tout le contraire.
Ceux qui ont réussi à emballer les trois situations dans un même paquet ont causé un grand tort au Rwanda. En même temps, ils ont rendu un service inestimable aux aventuriers qui se sont emparés du pays en 1994.
Aujourd’hui, le concept de ‘‘génocide’’ est devenu « une politique d’Etat » au Rwanda. Tous les secteurs de la société sont régis par les impératifs d’exploiter le concept de ‘‘génocide’’.
En matière politique, toute formation politique non inféodée au parti au pouvoir est dissoute ou interdite car tombant automatiquement sous le coup de ‘‘génocidaires’’.
En matière légale, des lois sont édictées et taillées sur mesure de manière à favoriser l’arbitraire et l’amalgame au nom du même génocide : loi contre le divisionnisme ; loi contre l’idéologie du génocide !
En matière socio-culturelle, le régime a entrepris la réécriture de l’histoire du Rwanda tout en stigmatisant à jamais une partie de sa population : génocide commis depuis 1959 !
Même la politique étrangère n’échappe pas à ce commerce du génocide. Comme un enfant gâté, le régime du FPR se caractérise par une arrogance déconcertante et n’hésite pas à violer les règles les élémentaires en matière de relations internationales. Et tout cela sous le prétexte que la communauté internationale n’a pas arrêté le génocide. Ce chantage marche jusqu’à présent.
En conclusion, nous dirons qu’à notre avis le plus grand tort qu’a causé la Communauté internationale au peuple rwandais entre 1990 et 1994 n’est pas d’avoir fermé les yeux et d’avoir été complaisante devant une agression militaire injuste et caractérisée. Ce n’est pas non plus d’avoir refusé d’imposer la paix entre les deux belligérants en 1994 quand tout était fait pour permettre au FPR de prendre le pouvoir par la force. Le plus grand tort de l’ONU (la Communauté internationale) est d’avoir reconnu ‘‘génocide’’ au Rwanda en 1994 et ensuite l’avoir offert au FPR comme ‘‘dot’’ après sa conquête du Rwanda. Il était en quête de légitimité pour asseoir son pouvoir dans un pays où le peuple ne le connaissait pas et après l’avoir abhorré et l’abhorre toujours.
Pour se racheter devant l’histoire et devant le peuple rwandais, maintenant que les langues commencent à se délier et qu’avec le recul la supercherie devient lisible, la même Communauté internationale devrait commencer à donner des signaux forts au régime qu’elle a installé à Kigali, car le ‘‘chèque en blanc’’ reçu et signé ‘‘génocide’’ ne pourra pas être éternel.
Pour commencer, l’arrestation et la mise à la disposition à la justice internationale ou nationale des criminels présumés inculpés et recherchés par certains juges serait un bon départ pour faire comprendre à l’enfant gâté qu’est le FPR que ses parrains sont fatigués de ses caprices.
Emmanuel NERETSE
Buxelles le 15 mai 2008
Catégories Témoignages, ibuka bose
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