Dans le Rwanda ancien, il y avait tout un éventail de produits de beauté.  L’usage des parfums (imibavu) et des laits corporels (amadahano ou imbiribiri) était d’usage courant dans l’ancien Rwanda. Leur préparation (ukudaha) était l’affaire des spécialistes et requérait beaucoup de patience. Les crèmes de beauté parfumées étaient fabriquées à partir des plantes aromatiques pilées... Lire la suite

Quid des relations Rwanda-France?(I)

La crainte de la justice rwandaise justifie-t-elle que la France trahisse ses valeurs de justice et de démocratie ?

Depuis la prise du pouvoir par Habyarimana en juillet 1973 jusqu’en 1990, soit pendant 17 ans, le Rwanda n’a connu aucun conflit interethnique. C’est l’invasion du Rwanda, en octobre 1990 à partir de l’Ouganda, par une organisation politico-militaire tutsi, dont l’objectif était de conquérir le pouvoir par la force, qui fut à l’origine du drame que vit jusqu’aujourd’hui le peuple rwandais. Le conflit a été ensuite exporté en République Démocratique du Congo (RDC), étendant ainsi la tragédie aux populations congolaises du Kivu.

La guerre contre le Rwanda peut être divisée en deux phases. La première va du 1er octobre 1990 au 5 avril 1994. Pendant cette période, les combats ne duraient que quelques jours et étaient restreints à une petite partie du pays. L’administration fonctionnait normalement sur le reste du territoire. La conclusion d’un cessez-le-feu et l’intervention des autorités parvenaient à endiguer les massacres de représailles. Au cours de cette phase ils ont été fort limités du moins du côté gouvernemental. L’on peut dire même que, à part quelques incidents intervenus à la suite des assassinats des responsables politiques hutu (Ndandaye Melchior, président burundais démocratiquement élu, Gatabazi Félicien et Martin Bucyana, respectivement présidents du Parti Social Démocrate  et de la Coalition pour la Défense de la République) le calme s’était installé au Rwanda après la signature des Accords d’Arusha le 4/08/1993. C’est pour cette raison que, le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Groupe International des Eminentes Personnalités de l’OUA, dans leur rapport du 07 juillet 2000, ont considéré que le « génocide » rwandais n’a débuté qu’en 1994, le 12 avril précisément pour les experts de l’OUA (actuellement UA)[i].

La deuxième phase commence avec l’attentat terroriste contre le  président Habyarimana qui créa un vide politique et plongea le pays dans le chaos. Cet assassinat fut le détonateur des massacres des partisans supposés ou réels du FPR qui ont été commis après le 6/04/1994 comme le reconnaissent les experts. Il est, par conséquent, capital qu’une commission internationale d’experts indépendants ou le TPIR mène une enquête sur cet attentat terroriste pour confirmer l’une des deux hypothèses vraisemblables à savoir celles qui impliquent l’une des deux  parties en conflit.

L’hypothèse la plus répandue et qui a été propagée par le FPR, ses maîtres et ses thuriféraires, dès les premières heures qui ont suivi l’attentat, attribue la responsabilité de l’assassinat du président Habyarimana aux extrémistes hutus, dirigés par Théoneste Bagosora, étiqueté comme cerveau du génocide et membre de l’Akazu. Le Conseil de Sécurité de l’ONU et la communauté internationale se sont fondés essentiellement sur cette allégation pour affirmer qu’il y a eu planification des massacres des tutsi. L’ancien procureur  du TPIR, Carla Del Ponte, souligne l’importance de cette hypothèse dans la décision de l’ONU, en déclarant en 2000 devant la presse danoise que : « S’il s’avérait que c’est le FPR qui a abattu l’avion, l’histoire du génocide devra être réécrite. Le FPR a été jusque là considéré en Occident comme victime et comme celui qui a mis fin au génocide »[ii]. Or, jusqu’à ce jour, ni le TPIR, ni un expert indépendant, ni un témoin crédible, ni un élément matériel, ni un document ne permet de conforter l’hypothèse de l’assassinat du président Habyarimana par les extrémistes hutu.

Par contre, l’autre hypothèse qui en impute la responsabilité au FPR repose sur des éléments crédibles et solides que l’on peut regrouper en quatre catégories.

1. Les témoignages des transfuges du Front Patriotique Rwandais (FPR)

Selon les témoignages des transfuges du FPR tels que Jean Pierre Mugabe, Déo Mushayidi, Aloys Ruyenzi, Abdul Josua Ruzibiza et bien d’autres, c’est le FPR qui a conçu et exécuté l’attentat contre le Falcon présidentiel où périrent le président rwandais, son homologue burundais ainsi que les membres de leur suite dont le chef de l’Etat-Major de l’armée rwandaise. Le fait que l’un d’eux, Joshua Ruzibiza, se rétracte ne change rien dans la mesure où son témoignage est confirmé par d’autres témoins crédibles et par des éléments matériels. De plus, rien ne justifie qu’on croie à sa nouvelle version plutôt qu’à l’ancienne  que Claudine Vidal et André Guichaoua, qui ont respectivement préfacé et postfacé son livre « Rwanda. L’histoire secrète », disent avoir pris soin de vérifier, en recoupant son témoignage avec les informations reçues des témoins autres que ceux connus par lui. Sa première version est probablement la vraie. Il est difficile de croire que cet individu s’est donné la peine, de sa propre initiative, d’écrire un livre, de donner des interviews et de témoigner auprès des juges français Jean- François Bruguière et espagnol Fernando Merelles ainsi que du TPIR  pour raconter des bobards. S’il n’est pas stupide il devait savoir qu’un faux témoignage est punissable. Pourquoi s’est-il alors désavoué ? Peut-être qu’il a été menacé ou soudoyé  par le FPR. Attendons qu’il s’explique devant les diverses juridictions sur ses prétendus mensonges.

2. Les enquêtes

Les trois enquêtes qui ont été menées sur l’assassinat du président Habyarimana ont toutes conclu à la responsabilité du FPR et en particulier de son chef, Paul Kagame. Il s’agit de l’enquête de l’expert du TPIR, l’australien Michael Hourigan et de celles des juges français Jean-Louis Bruguière et espagnol Fernando Merelles.

3. Les positions de Paul Kagame et du TPIR

Peu avant le 6/04/1994, Paul Kagame a confié à son ami, le lieutenant-général Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR, qu’une catastrophe allait s’abattre sur le Rwanda et que ses frères  tutsis auront à payer un prix pour la cause comme il le raconte dans son livre « J’ai serré la main du diable. La faillite de l’humanité au Rwanda »[iii]. Certains experts refusent encore d’admettre l’idée que le FPR, organisation politico-militaire tutsi, ait instrumentalisé et sacrifié les Tutsi de l’intérieur pour accéder au pouvoir. Les uns le font de mauvaise foi, les autres parce qu’ils ont, peut-être, du mal à se figurer que quelqu’un soit aussi machiavélique. Ils ignorent sans doute que les féodo-monarchistes considéraient les Tutsi de l’intérieur comme des traîtres parce qu’ils avaient collaboré avec les pouvoirs hutu. C’est donc une erreur de jugement d’assimiler le FPR à tous les Tutsi comme l’ont fait les tueurs en 1994. Les Tutsi de l’intérieur qui ont survécu aux massacres sont presque aussi exclus que les Hutu du pouvoir  par le régime FPR et représentent la grande partie des réfugiés tutsi qui l’ont fui. La plupart des postes de pouvoir réel sont occupés par les anciens réfugiés tutsi et en particulier par ceux venus de l’Ouganda.

Une autre attitude qui tend à cautionner l’hypothèse de l’implication du FPR dans l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana est le rejet par le régime de Kagame de toute investigation sur ce crime de guerre. Il fait en tout cas montre d’un manque de diligence incompréhensible. Si c’étaient les extrémistes hutu qui avaient  abattu l’avion du président, le régime actuel du FPR ne s’opposerait pas  à une enquête sur cet attentat terroriste par une commission internationale indépendante. Au contraire il se serait empressé de l’exiger. De même le TPIR ne prétexterait pas que ce crime ne relève pas de sa compétence alors qu’une enquête sur ce meurtre lui fournirait une preuve irréfutable de la planification des massacres des Tutsi, qu’il n’a jamais pu établir. Il est significatif qu’il ait adopté cette position après que son enquêteur Michael Hourigan ait découvert que ce n’étaient pas les extrémistes hutu mais le FPR qui était à l’origine de l’assassinat du Président Habyarimana.  Il a d’ailleurs tenté de dissimuler cette information à l’opinion publique en plaçant sous scellé, avec la complicité du Secrétariat de l’ONU, le rapport de son expert, daté du 01 août 1997. Sans la révélation du journal canadien, le National Post du 01 mars 2000, la communauté internationale n’aurait jamais soupçonné son existence.

4. L’élément matériel.

D’après un rapport manuscrit du lieutenant ingénieur Augustin Munyaneza, deux lanceurs de missiles ont été  découverts le 25 avril 1994 à Masaka, lieu des tirs des missiles qui ont abattu l’avion du président Habyarimana, par la population qui fuyait l’avancée du FPR. Ces lanceurs portaient les numéros de série 048704814 et 048704835 et d’autres inscriptions en russe qui permettent d’établir qu’il s’agit des SAM16 et non des Sam7 ? Aucune commission nationale ou internationale sur le génocide ne s’est prononcée pour ou contre l’une des deux thèses. Elles se sont contentées de recommander une enquête internationale après avoir brouillé les cartes par des observations superficielles. Ainsi la Mission d’information parlementaire française n’ pas dérogé à la règle. Elle a préféré émettre des observations sur chacune d’elles ? Concernant la responsabilité du FPR elle a fait remarquer que l’armée rwandaise a récupéré des missiles SAM 16 sur la rébellion et que la photographie d’un des lanceurs laisse penser qu’il n’avait pas été utilisé. Or l’armée n’a récupéré qu’un seul missile le 18 mai 1991, qu’il n’a pas pu employer seul pour tirer deux fois de façon rapprochée sur le Falcon présidentiel. De plus l’armée rwandaise n’était pas entraînée à l’utilisation des missiles sol-air puisqu’elle n’en avait pas et que le FPR ne disposait pas d’avion de combat. Quant au fait que la photographie montre un lanceur avec un tube, une poignée de tir, une pile et des batteries, (si c’est vrai) il est possible que ces éléments restent en place, après le premier tir, dans la mesure où il est réutilisable.

Les remarques de la Mission d’information française ne sont pas de nature à remettre en question la thèse de la responsabilité du FPR dans l’assassinat du Président. Au contraire. La Mission admet que les missiles dont les numéros sont repris ci-dessus provenaient d’un lot appartenant à l’Ouganda et que l’un de ces deux numéros correspond bel et bien à celui qui figure sur la photographie qui lui a été remise par l’exécutif français. Il suffisait de chercher ce qu’il était advenu du seul missile dont la prise sur le FPR est certaine pour écarter l’idée qu’il aurait servi à abattre l’avion du Président ou qu’il est le même que l’un de ceux qui sont indiqués dans le rapport du lieutenant ingénieur A. Munyaneza. Et puis, faut-il le rappeler, toutes les enquêtes sur l’attentat ont désigné le FPR comme responsable et jusqu’à présent seul le FPR s’oppose à toute investigation par une commission internationale indépendante alors que ceux qui sont considérés comme des extrémistes hutu ne cessent de la réclamer. L’opposition du FPR à toute enquête par une organisation internationale sur cette affaire équivaut manifestement à un aveu de culpabilité. Malgré les recommandations des divers experts et pays, aucune commission internationale indépendante n’a été créée pour enquêter sur cet attentat qui a déclenché le drame rwandais et que la communauté internationale attribue aux extrémistes considérés comme les planificateurs des massacres des Tutsi.

Si le FPR ne se sentait pas responsable il aurait accepté sans hésiter une enquête internationale et les suspects rwandais accusés par la France se seraient tous présentés spontanément pour défendre leur innocence devant la justice française qui est censée être équitable et indépendante et n’essaieraient pas d’échapper, avec l’aide de leur ami Bernard  Kouchner, à la justice par un arrangement politique avec la France. 

Il est donc clair que l’élément principal sur lequel se sont basés le Conseil de Sécurité de l’ONU et divers experts pour affirmer que les massacres des Tutsi avaient été planifiés par ceux qui sont désignés comme extrémistes hutu est faux ou du moins n’a pas encore été établi.

 


[i] Groupe  international des Eminentes Personnalités, Le génocide qu’on aurait pu stopper, rapport remis le 7 juillet 2000, paragraphe 14.3

[ii] Déclaration Publique de Carla Del Ponte le 17 avril 2000 telle que rapportée par Charles Onana in : Silence sur un attentat. Le scandale du génocide rwandais, paris, Editions Duboiris, 2003, p.77. 

[iii] Roméo Dallaire, J’ai serré la main du diable La faillite de l’Humanité au Rwanda, Outremont-Québec, Libre Expression, 2003, p.632.

 

 


 

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