Rwanda : l’arme du mensonge fonctionne

Après la fuite du général Kayumba Nyamwasa la semaine dernière, Kigali l'a  accusé  d’être derrière les grenades ayant explosé récemment dans la capitale rwandaise. Pourtant le porte-parole de la police avait annoncé une semaine auparavant et avec certitude que les responsables des attaques à la grenade étaient des Interahamwe et trois suspects avaient même été arrêtés et avoués leurs forfaits ! Une grotesque mise en scène?

MG
5/3/2010

« La population rwandaise doit vaincre la peur », dixit V. Ingabire. Comment?

A son arrivée à Kigali le 16 janvier 2010, Victoire Ingabire, candidate aux élections présidentielles d’août 2010, a dans sa déclaration, invité les Rwandais à vaincre la peur qui les habite. Cette peur a été instillée à la population par une sorte de terrorisme depuis que le FPR a pris le pouvoir en juillet 1994. Il était alors permis aux militaires qui venaient de gagner la guerre de tuer par  "vengeance". La haute hiérarchie militaire a organisé des massacres monstres de la population dont ceux de Kibeho en 1995 avec plus de 10.000 morts, crime qui sont reste impuni ou ceux de 1996 lors de la destruction des camps de réfugiés hutu avec plus de 300.000 victimes, crime qui reste lui aussi impunis.

Les rescapés de ces vengeances et massacres de masse ne sont pas au bout de leurs peines. Ils sont malmenés, harcelés journellement, affamés, emprisonnés gratuitement, épiés, etc.

C’est ainsi que tout le territoire rwandais est quadrillé par des militaires. Ils sont éparpillés par petits groupes sur bon nombre de collines du pays. La nuit ils procèdent à des enlèvements des personnes ciblées la journée. Ils sont secondés par les membres de la défense locale, une milice chargée d’encadrer la population par tranches de 10 ménages. Ces miliciens sont armés, sans salaires et ne vivent donc que sur le dos de la population qu’ils rançonnent.

Il y a également la tentaculaire DMI (renseignements militaires). Ses agents sont infiltrés partout notamment dans les fameux "tribunaux Gacaca". Ceux-ci condamnent journellement à tour de bras des innocents à de lourdes peines allant de 30 ans de prison à la perpétuité avec isolement.

L’avènement récent des « Intore » (les élus, les meilleurs) est une autre trouvaille du FPR pour surveiller la population. Il s’agit des personnes choisies et qui passent de maison à maison pour demander à leurs occupants à quel parti politique ils sont affiliés. Actuellement, presque la majorité de Rwandais sont inscrits dans le parti FPR pour avoir la paix.

Le citoyen est tenu ainsi quotidiennement à l’œil par ces structures qui ne lui laissent même pas la liberté de mouvement. Ainsi, par exemple, une simple visite familiale doit faire objet de formalités administratives : un visiteur doit aller d’abord se faire enregistrer auprès de l’autorité sitôt arrivé dans une localité.

Comment, dans un tel climat, le citoyen ne peut-il pas avoir peur ? Peur parce qu’il est épié, quadrillé jusqu’à l’étouffement ; peur du lendemain car la prison est une épée de Damoclès qui tombe instantanément sur son cou ; peur de ne pouvoir pas circuler librement dans son pays ; peur du lendemain car la famine fait rage et le pouvoir ne veut rien savoir ; peur de l’avenir des enfants qui étudient dans une langue mi-Anglais, mi-Kinyarwanda alors que ceux des nantis poursuivent une scolarité normale bilingue français-anglais dans des écoles privées ; etc.

Victoire Ingabire a donc du pain sur la planche. La peur est ancrée profondément dans la population. Pour vaincre cette peur, il n’y a qu’un préalable : de démanteler tout le système mis sur pied par le FPR pour la pérenniser. La tâche est rude.

Gaspard Musabyimana
Le 25/01/2010

 

 

 


 

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Commentaires / réactions

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Gengoux Claude from Liège/Belgique (Friday, 05-02-10 03:14)

Je tiens a réagir par rapport à cet article, je viens de passer un mois au Rwanda avec mon épouse qui est Rwandaise d'origine, nous sommes allé rendre visite dans la famille et chez des amis du nord au sud, d'est en ouest, j'ai parlé durant des heures et des heures, j'ai fais seul des dizaines de kilomètres à pied à travers la campagne,de jour comme de nuit, nous avons véhiculé la famille... il n'y a eu aucun problème,c'est faut de dire que la population est contrôlée par rapport à son parti politique, encore plus faut qu'il faut des autorisations pour se déplacer et rendre visite à sa famille, les miliciens qui ne sont pas payés et qui rançonnent la population, c'est une poignée d'hommes qui ont de la chance jusque là de ne pas se faire prendre car le régime actuel ne rigole pas avec ça, (il y a dans tous les paniers des pommes pourries!) Parmi la population, les plus grands reproches que j'ai entendu vis à vis de Kagame, c'est le coût de la vie ( preuve en est la comparaison du coût élevé des denrées alimentaires par rapport aux prix et salaires en Europe par exemple), l'enseignement payant pour les enfants qui est impossible pour la majorité des parents et qui pose un grand problème dès le départ.
La suppression des documents administratifs en Français qui cause d'un coup pas mal de problème à un nombre important de la population, cela apportera certainement ses fruits, mais dans quelques années. Parmi la population, ce qui prime dans les conversations, c'est la responsabilité de la France avant et pendant le génocide, elle a aidé, entraîné, armé les génocidaires, elle à prit part au contrôle d'identité aux barrières, elle a évacué sur son territoire des hauts responsables qui avaient élaborés bien à l'avance le génocide, ces mêmes personnes qui ont bénéficié d'une importante sommes d'argent pour se reloger alors que cette somme était destinée aux rescapés. Quelle zone d'ombre également plane sur l'attentat contre l'ancien président et de son avion, de toutes façon, tout était déjà programmé avec les listes des gens à abattre bien définie. La France est le seul pays à ne pas avoir présenter ses excuses alors qu'elle devrait être le premier à l'avoir fait !
"J'ai été très choqué avec certains témoignages qui ce regroupent concernant les agissements des militaires Français lors des contrôles, cela pouvait aller très loin!"
La communauté internationale également est pointée du doigt pour n'avoir pas empêché ce qui aurait pu l'être.
En attendant, on peut constater qu'il y a de l'évolution par rapport à d'autres pays d'Afrique, mais les moyens n'étant rien par rapport aux pays qui se disent "développé", il faudra des années pour voir des jours meilleurs, Faute justement à ces pays riches responsables de la crise économique mondiale qui fait encore plus souffrir ces peuples d'afrique en leurs pompant le peu qu'ils ont !!

PS: Je tiens a préciser que tout ce que j'ai écris ici est la voix de la population Rwandaise en général, il ne s'agit pas de Négationnisme envers qui que ce soit, elle veut qu'on parle de son histoire partout dans le monde et bien plus qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, que les fautes soient reconnues ainsi que certaines vérités sortent enfin ..
J'ai promis à certaines personnes, dont des pasteurs, à faire prendre conscience de ce tragique génocide qui est encore très méconnu dans une trop grosse partie du monde.

 

Ntwali Jacques (Tuesday, 26-01-10 13:18)

Effectivement la tâche est rude voir même impossible mais il est hors de question de se décourager.

Qui aurait pensé que Kayibanda et compagnies mettraient en mal le pouvoir des seigneurs sanguinaires qui régnaient sur notre peuple dans la servitude totale?

Toute révolution tranquille a un début.

D'emblée, ne laissons pas à Victoire mener seule le combat sinon ce sera un échec total.

Tout rwandais, Hutu, Tutsi, Twa qui aspire au changement doit faire quelque chose pour sensibiliser, alerter l'opinion tant nationale que internationale de l'aventurisme, banditisme, criminaliste de la bande de malfaiteurs qui se sont installés au pouvoir à Kigali.

Franchement Kagame a raté un bon rdv avec l'histoire, il aurait dû se mettre à la mêlée de toute idée ethnisante. Au lieu de ça, il a crée la peur dans l'esprit de tous les rwandais, même ceux qui ne sont pas au Rwanda n'osent pas critiquer ouvertement tous ses folfaits de peur d'être étiquetés de Génocidaire, Négationniste, Révisionniste ou avoir détourné les fonds publics etc.

Une plateforme des intellectuels rwandais s'imposer pour élaborer une stratégie pour casser le fond de commerce du pouvoir en place à Kigali, sans quoi, il sera très difficile d'instaurer la vraie démocratie au Rwanda.

 

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