Dans le Rwanda ancien, il y avait tout un éventail de produits de beauté.  L’usage des parfums (imibavu) et des laits corporels (amadahano ou imbiribiri) était d’usage courant dans l’ancien Rwanda. Leur préparation (ukudaha) était l’affaire des spécialistes et requérait beaucoup de patience. Les crèmes de beauté parfumées étaient fabriquées à partir des plantes aromatiques pilées... Lire la suite

La Lettre de Shingiro au Journal "Le Vif/L'express"

Réplique de Shingiro Mbonyumutwa à un article du journal Le Vif/L'Express

Dominique Mbonyumutwa, père de Shingiro

Monsieur le Directeur général,
(
Par courrier électronique et par courrier recommandé)
En annexe de la présente, j’ai l’honneur de vous faire parvenir le texte que je vous prie de bien vouloir publier dans la prochaine édition de votre journal « Le VIF ».
Conformément à la loi du 23 juin 1961, ce texte constitue mon droit de réponse à l’article intitulé « Des tueurs parmi nous ? » qui a été publié dans vos colonnes le 25 mai 2007 sous la plume Monsieur François Janne d’Othée et dans lequel je suis cité nominativement.
Je vous saurais gré de bien vouloir accuser réception de la présente et me confirmer la date à laquelle mon droit de réponse sera publié in extenso dans votre journal.
Veuillez recevoir, Monsieur le Directeur général, l’expression de mes salutations distinguées.
Shingiro MBONYUMUTWA

 

DROIT DE REPONSE

 

A l’attention de l’éditeur du Journal le Vif / L’Express.

En lisant votre édition du 25 mai 2007, j’ai été désagréablement surpris de voir que mon nom a été jeté en pâture sur une liste de personnes désignées par Monsieur François Janne d’Othée dans l’article qu’il a intitulé « Des tueurs parmi nous ? ».

Monsieur Janne d’Othée se justifie en disant se baser sur la liste dite « des gens suspectés par le Rwanda d’avoir trempé dans le génocide ». Par ce droit de réponse, je voudrais exprimer mon indignation.


Il est de notoriété publique que le régime de Kigali instrumentalise la procédure pénale pour régler des comptes politiques et pour poursuivre dans leur exil toutes les personnes qui, d’une manière ou d’une autre, se sont opposées à la conquête militaire du Rwanda par le FPR (Front Patriotique Rwandais) actuellement au pouvoir.


Monsieur Janne d’Othée ne semble pas l’ignorer puisqu’il écrit lui-même que « Ces listes ne sont pas des plus fiables : d'aucuns ont déménagé, d'autres ont déjà été jugés. Des dossiers sont vides. Des noms disparaissent : Kigali gratifie certains de postes à l'étranger afin d'y désarticuler les structures de l'ancien régime ».


De nombreux auteurs ont suffisamment démontré le manque total de fiabilité de ces listes et j’invite les lecteurs à lire à ce sujet un article fouillé de Monsieur Gaspard Musabyimana sur le site Internet www.musabyimana.be.


Pour ce qui me concerne personnellement, Monsieur Janne d’Othée affirme avoir mené une enquête sur mon dossier et invoque trois éléments pour justifier ce haro sur ma personne.

Il fait d’abord référence à l’interview que j’ai accordée à un journaliste de Radio Rwanda le 21 avril 1994 et interprète à sa façon un extrait tiré du propos que j’ai tenu, en prétendant que cet extrait a joué la carte de la peur en plein génocide. Cette interprétation est fausse.

La peur de la population rwandaise date de l’attaque armée du 1er octobre 1990 lancée par certains réfugiés tutsi regroupés au sein du FPR. Voici par exemple ce qu’on lit à la première page du rapport de F.I.D.H/H.R.W (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme / Human Rights Watch), rédigé en 1999 par Madame Alison Des Forges et intitulé «Aucun témoin ne doit survivre»: « Les Hutu, très supérieurs en nombre, se rappelaient les années d’oppression du régime tutsi, et beaucoup d’entre eux éprouvaient non seulement du ressentiment, mais aussi de la crainte envers la minorité. Le gouvernement, dirigé par les Hutus, était en guerre avec les rebelles essentiellement Tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) ».

 

 

On y lit également plus loin, à la page 81 : « Les Rwandais, et les Tutsi, autant que les Hutu furent terrifiés par l’invasion du FPR. Les Tutsi se souvenaient des massacres commis en représailles aux invasions lancées par les réfugiés, dans les années 1960 et craignaient d’être de nouveau pris pour cible. Les Hutu gardaient en mémoire le massacre de dizaines de milliers des leurs commis par les Tutsi au Burundi voisin, en 1972, 1988, 1991, et ils redoutaient que le FPR ne se livre à des tueries de même ampleur.»

 

 

Monsieur Janne d’Othée ne précise cependant pas que j’ai condamné publiquement tous ceux qui tuaient dans les deux camps belligérants et que je l’ai fait en des termes clairs qui ont été reproduits par d’autres auteurs. N’inversons pas la responsabilité entre celui qui prend les armes, tue et massacre et celui qui le dénonce.

Monsieur Janne d’Othée invoque ensuite mon parcours judiciaire.

Je confirme qu’en 1996, j’ai été convoqué par la Cour de Cassation de Belgique  pour m’entendre dire qu’à la demande du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), la Belgique  était  dessaisie du dossier n° 36/95 du juge Damien Vandeermerch. Ce dossier portait sur une « affaire RTLM » à laquelle mon nom avait été insidieusement associé en février 1995 par un lobby néfaste du FPR qui sévit en Belgique. Le Procureur du Tribunal Pénal International n’a pas tardé à s’en rendre compte puisque je n’ai pas été inculpé dans cette affaire.

 

 

Monsieur Janne d’Othée invoque enfin la pièce de théâtre « Rwanda 94 » dans laquelle mon nom a été cité dans un passage qui m’attribuait des propos imaginaires prétendument tenus sur la radio RTLM pour encourager les massacres. Je confirme que j’ai entrepris une action en justice contre le Groupov et les auteurs de la  pièce, en déposant plainte avec constitution de partie civile devant les juridictions liégeoises pour diffamation. L’affaire fait toujours l’objet d’une instruction n° 01/053. En attendant l’issue de l’instruction, j’ai aussi introduit une action pour demander la suppression du passage litigieux. Le juge des référés en première instance m’a donné raison et a ordonné de supprimer ce passage mais la Cour d’appel a réformé cette décision pour des raisons tirées de la liberté d’expression mais l’affaire continue au fond comme le rappelle l’article de Monsieur Janne d’Othée.

 

 

Votre article  conclut que « le temps profitera sans doute à l’ex-ministre » lorsque le TPIR aura achevé son mandat, en 2010. Sur quoi vous basez-vous, Messieurs, pour tirer une telle conclusion infamante ? M’avez-vous  préjugé coupable sans défense et sans appel ?


Shingiro Mbonyumutwa, le 25 août 2007.

 

 

 

 

 


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