Dans le Rwanda ancien, il y avait tout un éventail de produits de beauté.  L’usage des parfums (imibavu) et des laits corporels (amadahano ou imbiribiri) était d’usage courant dans l’ancien Rwanda. Leur préparation (ukudaha) était l’affaire des spécialistes et requérait beaucoup de patience. Les crèmes de beauté parfumées étaient fabriquées à partir des plantes aromatiques pilées... Lire la suite

France-Rwanda : une manifestation supplémentaire de l’instrumentalisation du génocide par Paul Kagame

Le Rapport Mucyo qui incrimine la France dans le génocide rwandais, est un montage grossier truffé de faux documents et de contre-vérités.

Jean de Mucyo

Jean de Mucyo

En s’appropriant, avec la bénédiction de la communauté internationale, le génocide rwandais qu’il a lui-même provoqué, Paul Kagame a cru, - et croît encore -, détenir une arme imparable contre ceux qui se sont opposés à sa conquête du Rwanda, contre ceux qui s’opposent à sa dictature et contre ceux qui dénoncent ou se dressent sur le chemin de ses fantasmes hégémoniques dans la région des Grands-Lacs.

 

Officier de l’armée ougandaise en 1990, Paul Kagame fit l’exploit de conquérir le Rwanda après une campagne militaire particulièrement sanglante qui a duré près de quatre ans. Dans la foulée, il massacra ou chassa la population locale et réduisit le reste en esclavage. Il eut alors la lumineuse idée de faire reconnaître ses faits de guerre et les massacres qu’il a provoqués en génocide. Ceci acquis, la population conquise et soumise en payera les frais sous le regard indifférent de la communauté internationale.

 

C’est ainsi que tous les cadres politiques et militaires, les hommes d’affaires, les universitaires parmi la population conquise et qu’il n’a pas tué ou enfermé dans des prisons-mouroirs, furent accusés de génocide dès 1994. Des listes furent dressées et disséminées à travers le monde. Leur caractère arbitraire et fantaisiste qui sautait aux yeux n’a pas attiré l’attention de la même communauté internationale. Pire encore, certaines puissances et instances internationales rivaliseront de zèle pour assouvir la soif de pouvoir sans partage de Paul Kagame, en emprisonnant systématiquement ses opposants dès qu’ils sont repris sur ces listes sauvages. Dans ce domaine, Interpol, la Belgique et -comble d’ironie-, la France, se sont montrées particulièrement zélées pour exécuter les mandats d’arrêts émis par le dictateur contre ses opposants les accusant de génocide.

 

Ainsi donc, la globalisation dont furent victimes les cadres hutu qui sont d’office accusés de génocide n’a provoqué aucune interrogation de la part de la communauté internationale. Il est difficilement compréhensible que les instances internationales soient ainsi tombées dans le piège du dictateur en lui signant un chèque en blanc pour qu’il puisse accuser de génocide quiconque ne se soumettrait pas à sa volonté. Pourtant quelques signaux assez clairs et alarmants sur l’usage abusif de l’accusation de génocide étaient perceptibles. Ainsi :

 

- Quand un journaliste belge reconnu pour ses analyses objectives et donc susceptibles d’avoir contrarié le dictateur, quand ce journaliste fait escale à Kigali, c’est l’occasion pour Kagame de l’arrêter et de l’incarcérer pour génocide. Nous avons évoqué le Père Guy Theunis.

 

- Quand un citoyen français longtemps installé au Rwandan, et qui donc a vécu sur place tous les événements post-coloniaux de ce pays, parvient à regagner son pays natal après la conquête du Rwanda par Paul Kagame, il devient un témoin gênant. Dès lors qu’il n’a pas été physiquement éliminé, il faut l’accuser de génocide et le mettre sur les fameuses listes. Vous avez reconnu l’abbé Gabriel Maindron.

 

- Quand un célèbre écrivain, après des recherches fouillées, met en doute les thèses avancées par le régime dictatorial et met à nu le caractère machiavélique et intrinsèquement pervers du FPR de Paul Kagame, même quand il n’a pas mis les pieds au Rwanda en 1994, qu’à cela ne tienne : il sera accusé de négationnisme. La nébuleuse maffieuse que constituent les associations pro-Kagame en France se chargera de le traîner devant les tribunaux. Vous avez reconnu Pierre Péan.

 

- Quand quelques cadres des formations politiques dans un pays voisin du Rwanda commencent à manifester des signes d’agacement face à l’ingérence de Paul Kagame dans les affaires de leurs pays, celui-ci va les accuser de génocide et demandera à la justice de ce pays de les arrêter. Vous avez reconnu le Burundi.

 

Cela aurait pu en rester là et les observations n’apparaitre que comme un exercice intellectuel de quelques analystes politiques. Mais depuis deux ans, les choses ont bougé. Un juge français, en l’occurrence Jean-Louis Bruguière, a rendu, en 2005, une ordonnance dans laquelle il inculpe 9 personnalités proches de Paul Kagame pour leur rôle dans l’attentat qui a coûté la vie à deux chefs d’Etat africains et à trois ressortissants français entre autres. Le dictateur de Kigali croit alors à un canular et promet de faire taire ce ‘‘petit’’ juge et surtout de faire annuler les mandats d’arrêt émis contre ses lieutenants. Il s’y emploiera avec autant d’assurance qu’il dispose de solides relais dans les plus hautes instances de décision de France. Par exemple son vieil ami Bernard Kouchner, qui lui a rendu plusieurs fois visite quand il était encore dans le maquis, est depuis 2007 chef de la diplomatie française. C’était évidemment sans compter avec les pratiques démocratiques dans ces contrées où le principe de la séparation des trois pouvoirs est de rigueur. Paul Kagame sera d’autant plus contrarié qu’un autre juge espagnol émettra, quelques mois plus tard, d’autres mandats contre ces mêmes proches de Kagame et ira même plus loin puisqu’il inculpera une quarantaine de dignitaires du régime. Devant la tournure des événements, Paul Kagame sort alors sa flèche empoisonnée de son carquois. Dans un rapport établi par une commission nommée par lui-même et ayant pour mission de «  …de rassembler les preuves d’implication de la France dans le génocide… », Kagame accuse plusieurs personnalités françaises d’avoir commis le génocide au Rwanda. Quatorze ans presque jour pour jour après la conquête du Rwanda par Paul Kagame et l’application de sa stratégie d’instrumentalisation du génocide pour asseoir sa domination, la France vient de découvrir la triste réalité de la logique politique du dictateur.

 

Tour à tour, les autorités françaises ayant signé les accords de coopération avec le Rwanda alors qu’il s’apprêtait à le conquérir, sont aux yeux de Kagame des génocidaires. Lorsque la France honorera ses engagements après l’agression du 01 octobre 1990, pour Paul Kagame, cela restera qualifié d’opération génocidaire.

 

Pour l’ancien maquisard reconverti en dictateur, toutes les personnalités françaises qui ont fait que la France honore ses engagements envers le Rwanda agressé sont à accuser de génocide : le Président de la République de l’époque, son premier Ministre, son Ministre des Affaires étrangères, le Chef d’Etat-Major des Armées, …, tous doivent y passer.

 

Si caricatural que cela puisse paraître, tous ceux qui ont tenté de s’opposer à sa conquête du Rwanda ou qui l’ont retardé sont aux yeux de Kagame des génocidaires. Les militaires envoyés avec l’aval des Nations-Unies pour établir une zone humanitaire sûre à l’Ouest du Rwanda en juin 1994 (Opération Turquoise) sont des génocidaires. Ils n’ont en effet pas permis à l’armée de Kagame de massacrer à huis-clos les masses de paysans hutu comme il l’avait fait auparavant à Byumba et à Kibungo. Cette logique globalisante constitue l’ossature de la dictature érigée au Rwanda depuis 1994.

 

Les élucubrations du dictateur de Kigali ne sont qu’une diversion pour retarder l’échéance de sa comparution devant la justice pour ses innombrables crimes commis au Rwanda et dans toute la région. Le seul enseignement que nous pouvons tirer est de réaliser la grande souffrance et l’arbitraire dont sont victimes les cadres rwandais trouvés sur place au moment de la conquête. Si Paul Kagame n’hésite pas à accuser de génocide un ancien ministre français, qu’en est-il d’un ancien ministre de Habyarimana ? S’il n’hésite pas à accuser de génocide des officiers d’Etat-major français qui, pour certains, n’ont jamais mis le pied au Rwanda, qu’en est-il des officiers des Forces Armées Rwandaises qui ont tenté pendant quatre ans de résister à sa conquête ?

 

Au-delà de constituer un outil de chantage pour obtenir l’annulation des mandats d’arrêts lancés contre les proches de Kagame, le « Rapport Mucyo » aura le mérite d’attirer l’attention des observateurs sur l’arbitraire et l’injustice dont ont été et sont encore victimes les opposants au régime et tous les autres qui ne sont pas, comme Paul Kagame, venus d’Ouganda.

 

Emmanuel Neretse

 

Le 07/08/2008

 

 

 

 


 

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