Aloysie Inyumba remporté le prix de courage politique

Aloysie Inyumba, la ministre du Genre et de la promotion de la famille, a remporté le Prix "Amelia Earhart", du nom de la première femme à voler en solo à travers l'océan Atlantique. Inyumba est récompensée en reconnaissance de son courage politique et de sa  détermination à promouvoir la paix dans son pays. Elle recevra ce prix avec deux autres femmes : Virisila Buadromo de Fidji et de Chi Yvonne Leina du Cameroun.
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Démocratie et ethnicité au Burundi

"Démocratie et ethnicité au Burundi. Essai sur des mots et des acteurs autour d'un enjeu de justice et de pouvoir (1962-2005)". Editions Lethielleux/Parole et Silence, 2009. ISBN 978-2-283-61059-6. Un livre d'Alain Aimé Nyamitwe.

photo page de couverture du livre de Nyamitwe

La « société ouverte »

Alain Nyamitwe nous offre une étude politique sur le Burundi. Ce pays a traversé des crises politiques mais fait tout pour s'en sortir. Parlant notamment de la transition démocratique qu'a connue le pays et les acteurs qui y ont contribué, dont la société civile, Nyamitwe aborde la notion de "société ouverte", qui peut être d'application dans d'autres contrées où des conflits s'enlissent:

"Suite aux problèmes politiques que beaucoup de pays qui n'ont pas fait d'avancée démocratique ont connus, plusieurs organisations, « véhicules » d'idéologies, leur proposent presque quotidiennement des méthodes de résolution des conflits. C'est le cas de la « société ouverte ». C'est, en réalité, une sorte de « calmant » pour des problèmes politiques aigus, une manière comme une autre de couvrir les véritables contradictions. `Il s'agit en somme de faire en sorte que les pays en conflits se calment, à travers, notamment, le concept de transition démocratique. Ces pays doivent « s'arranger ».

Stratégiquement, la « société ouverte » s'approprie les thèmes de l'innovation progressiste, et prétend se battre pour le changement. Ceci est fait dans l'objectif d'éluder toute critique vis-à-vis de ses pratiques. Toute action de la société ouverte est imprégnée de l'importance du débat et du consensus dans les processus de décision, tout en se présentant comme un groupe sans aucun intérêt ni objectif. La société ouverte invite tous les groupes au débat comme des égaux, alors que ces groupes ont des intérêts spécifiques. In fine, il y a de la confusion, les grands et les petits sont ensembles, le changement devient impossible.

Origines et bases idéologiques

Fondamentalement libérale, c'est dans le livre The Open Society and Its Enemies de Karl Popper qu'il faut trouver les origines de cette notion de « société ouverte ».

Dans cette société ouverte de Karl Popper, il faut donner à toutes les opinions la liberté de s'exprimer sur le type de société que les gens veulent bâtir. Seulement, pour rester dans l'optique de cette société, il faut que ces opinions acceptent de tolérer les autres et donner priorité à l'organisation de la société qui rend possible ce pluralisme d'opinions.

Dans la société ouverte, il faut un espace de débat qui permettra à la collectivité non seulement de s'accorder sur des biens et des libertés à répartir mais aussi sur le mode de répartition de ces biens. Il s'agit donc, comme on peut le voir, d'éviter tout changement radical.

Fidèle à la tradition popperienne, la société ouverte refuse le retour à l'histoire. Parce que l'histoire il y a lieu de trouver des points de désaccord, des zones d'ombre qui pourraient appeler à la réparation. Or, la société ouverte refuse justement de faire la comptabilité du bien et du mal.

Même chose du côté des structures dérivées. Il n'y a aucune légitimation de l'ordre politique qui doit briser l'exigence minimale de « justice pour tous ». La justice est le produit de la discussion.

La représentativité n'a pas non plus d'importance dans la société ouverte. Chaque membre de la société se définit par sa participation à la discussion et non par son pouvoir.

L'enjeu est la création d'un nouveau rapport au pouvoir, non pas d'opposition mais d'implication collective, par le débat et la discussion. Le débat devient la thérapie de l'histoire. La « société ouverte » prétend être une société de réconciliation et de reconstruction sans nécessiter le contrôle populaire sur les appareils de décision.

Par ses manières de fonctionner, par son refus de changement radical, la société ouverte prône une réconciliation entre des forces opposées qui n'ont pas épuisé leur « contradiction ». Elle prône la suspension provisoire des effets politiques des contradictions sociales pour prolonger le statu quo des rapports de force. Il ne faut pas changer le rapport de force. En d'autres termes, les dominants doivent le rester, les dominés aussi.

La transition démocratique, notion chère à plusieurs pays d'Afrique et d'Amérique latine, vise, a travers les lunettes de la société ouverte, à imposer une vue de la démocratie comme un espace social qui garantit la formation du sens commun" [extrait, pp. 160-162].

L'auteur

Né en 1971 à Ngagara, au Burundi, Alain Aimé Nyamitwe est diplomate, ancien directeur de cabinet au Ministère des Relations Extérieures, les « affaires étrangères » du Burundi. Diplômé en journalisme et en politique économique et sociale, il nous offre ici le fruit de ses recherches. Il est aujourd'hui Premier Conseiller de la Mission Permanente de la République du Burundi auprès de l'Office des Nations Unies et des autres Organisations Internationales à Genève.

Gaspard Musabyimana, le 3/4/2009

 

 


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