Congo-Retour sur un massacreAu moment où le Conseil de Sécurité de l’ONU vient de prendre la résolution de démanteler, au besoin par la force, les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDRL), il est important de tirer la sonnette d’alarme car des dizaines de milliers de réfugiés hutu vivent encore dans la jungle de la forêt congolaise. Les frappes chirurgicales éventuelles risquent d’emporter enfants, femmes et vieillards comme en 1996-1997. L’extrait ci-après est plus que jamais d’actualité. |
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Au moment où la communauté internationale clame haut et fort la nécessité absolue de mettre fin à la culture de l’impunité qui a gangrené la société rwandaise, au moment où l’arrestation d’un seul hutu soupçonné de génocide fait délirer les journaux des quatre coins du monde, au moment où des monuments à la mémoire des victimes tutsi du génocide de 1994 sont en train d’être érigés en vertu de la philosophie de non oubli vulgarisée par l’association Ibuka qui ne cesse d’allonger ses tentacules, il est inadmissible, car raciste, de vouloir étouffer dans l’œuf la mémoire des victimes hutu des rebelles tutsi dans l’Est du Zaïre. Les massacres des réfugiés hutu ont même été longtemps planifiés et longuement médités. Il n’y a nul doute que les camps des réfugiés rwandais à l’Est du Zaïre ont été attaqués à partir du Rwanda par des forces comprenant des militaires du FPR dûment mandatés pour accomplir cette sale besogne. Les réfugiés les ont vus et leur ont souvent même parlé en leur langue nationale, le Kinyarwanda. Dès le déclenchement de la campagne militaire des forces alliées tutsi, il était clair que les camps de réfugiés étaient la première cible. Il n’a pas fallu attendre les confessions de Paul Kagame (voir son interview dans « Washington Post » du 9 juillet 1997). Depuis, les réfugiés n’ont cessé de crier au secours, mais leur cri de détresse a été noyé dans une série de manœuvres politico-diplomatiques dans laquelle la vie des réfugiés ne comptait pas du tout. Ce n’est qu’en avril 1997, soit six mois plus tard, que la communauté internationale se réveillera et prendra conscience de la gravité de son omission. En effet, de retour d’une mission dans la zone des rebelles du 25 au 29 mars 1997, le Rapporteur spécial des droits de l’homme pour le Zaïre, le Chilien Roberto Garreton, tira la sonnette d’alarme, dans un rapport qu’il remit à la commission à Genève. Dans son document, il relevait une quarantaine de cas de massacres et affirmait avoir vu personnellement trois sites de fosses communes. [...] Le 25 avril 1997, (...), le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Kofi Annan, parlera, à propos de ces massacres qui continuaient, «d’extermination lente» des réfugiés. De son temps, son prédécesseur, l’Égyptien Boutros Boutros Ghali, avait parlé de «génocide par inanition» («genocide by starvation»), ce qui lui avait attiré les foudres du FPR et des Américains qui voulaient déjà sa peau. Le 29 avril 1997, des agences humanitaires des Nations Unies dénoncèrent à leur tour les «tueries et différentes atrocités» infligées aux réfugiés dans la zone sous contrôle des rebelles. Toutefois, c’est indubitablement la prise de position du commissaire européen chargé de l’action humanitaire, Madame Emma Bonino, qui, le 6 mai 1997, accusa courageusement les rebelles de l’AFDL d’«avoir transformé l’Est du Zaïre en abattoir», qui éveilla la conscience internationale sur ce drame. Madame Emma Bonino avait eu aussi le mérite de mettre à nu l’hypocrisie de l’Occident en déclarant, au terme de sa visite historique au camp de Tingi Tingi, le 2 février 1997, qu’elle avait vu des gens qui «n’existaient pas». Elle faisait allusion aux déclarations des administrations américaines et britanniques, relayées des fois par le HCR, affirmant que tous les réfugiés étaient rentrés et qu’il ne restait qu’une poignée de miliciens et leurs familles qui ne justifiait point le déploiement d’une force internationale, telle que décidée par la résolution nº 1080 (1996) adoptée à la 3713ème session du conseil de sécurité de l’ONU, en date du 15 novembre 1996. Dans le même temps, la mission du Général canadien Maurice Baril, pourtant équipée des meilleurs moyens de reconnaissance, déclarait à longueur de journée que sa mission avait été rendue caduque par l’absence de réfugiés. Pourtant, ses avions survolaient, au ras du sol, les colonnes des réfugiés en fuite. De fait, il était étonnant que le Canada, dont un ressortissant, le Général Roméo Dallaire, avait fait capoter la MINUAR, se propose promptement (voir annexe S/1996/941 de la résolution 1080 (1996)) de diriger encore une force d’intervention en faveur des mêmes personnes que son compatriote n’avait pas voulu aider. Il y avait d’emblée anguille sous roche. Tout au long de la crise rwandaise, les USA ont plus d’une fois eu recours au Canada pour faire poser des gestes très peu louables. Ainsi, en mai 1996, l’ambassadeur du Canada au Kenya, dont la juridiction s’étend aussi sur le Rwanda, avait entamé une campagne d’intimidation envers le RDR, pour qu’il force les réfugiés hutu à rentrer. L’ambassadeur Bernard Dussault n’avait pas caché que sa démarche, si peu diplomatique, intervenait quelques temps seulement après son entretien avec Monsieur Georges Moose, Sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, de retour de Kigali. Réagissant aux remarques du RDR sur l’absence de culture démocratique dans le chef du FPR qui ne pouvait qu’être une source d’insécurité pour les réfugiés hutu, l’ambassadeur Dussault avait répondu sèchement que «la démocratie n’est pas à l’ordre du jour au Rwanda». La petite visite de courtoisie du Général Maurice Baril au Pentagone, juste avant d’entrer dans ses fonctions, alors que les USA avaient nettement affiché leur opposition à l’envoi d’une force internationale humanitaire au Zaïre, en dit aussi long, quand on connaît le rapport de mission qu’a produit cet officier, en concluant à l’inutilité de la force. [...] À la veille du sommet de Nairobi II, l’ambassadeur britannique à Nairobi, Monsieur Simon Nicholas Peter Hemans, déclara au ministre kenyan des affaires étrangères, Monsieur Stephen Kalonzo Musyoka, que son pays avait déployé les meilleurs appareils de détection au Zaïre, mais qu’ils n’avaient vu aucune trace de réfugiés, sur quoi le sommet de Nairobi II ne réclama plus cette force humanitaire. Malgré le refus des rebelles d’autoriser une enquête, des rapports continuèrent d’arriver au bureau de la Commission des Nations Unies chargée des Droits de l’Homme, et le 12 mai 1997, l’ONU annonça de nouveau que les massacres se poursuivaient. Le 13 mai 1997, le ministère français de la coopération confirma que les massacres persistaient effectivement et que des rapports faisaient état de massacres à Mbandaka, dans la région de l’Equateur. Les victimes étaient des rescapés de Kisangani qui tentaient de regagner le Congo Brazzaville et la RCA. Cette information a été confirmée plus tard par des sources religieuses. De cette courte mise au point, il appert que l’information sur ces massacres avait bien circulé, et que le manque d’action pour protéger les réfugiés est une omission grave. Il a fallu presque 6 mois pour que la Commission des droits de l’homme adopte, le 15 avril 1997, la résolution n° 1997/58 portant création d’une mission d’enquête sur les «allégations de massacres et autres questions touchant les droits de l’homme soulevées par la situation régnant dans l’Est du Zaïre depuis septembre 1996». La 1ère commission à être mise sur place se heurtera au mur de préalables. Le régime du FPR demanda et obtint l’éjection d’un des experts, Monsieur Roberto Garreton, qui était pourtant Rapporteur sur le Zaïre, et dont le rapport avait servi de base à la résolution 1997/58. En plus du retrait de Monsieur Garreton, les présumés coupables avaient exigé «la présence d’experts nationaux» tout au long de l’enquête. […] Le Secrétaire Général de l’ONU accepta, le 7 juillet 1997, de rappeler définitivement la 1ère mission et de nommer une autre, plus aux goûts de Kigali. Celle-ci sera mise en place le 15 juillet 1997, soit près de 10 mois après le début des massacres. Le Secrétaire Général de l’ONU accéda même à l’exigence de retirer la coordination de la Mission du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme et de la mettre sous sa propre responsabilité. En plaçant cette mission sous sa propre responsabilité, au lieu de la confier à la Commission des droits de l’homme qui est habituellement chargée de telles investigations, le Secrétaire Général a créé un précédent dangereux, dans la mesure où, désormais, tout criminel exigera des juges de son choix ainsi que le cadre de son jugement. Cette politisation d’un dossier pourtant criminel donne l’allure d’une clémence exceptionnelle et jette le doute sur l’avenir, en tant qu’institution onusienne, de la commission des droits de l’homme, qui se voit dessaisie de ses prérogatives. Comme l’a bien dit le Sénégalais Bacre Wally Ndiaye, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extra-judiciaires, après l’échec de 1ère mission d’enquête du 3 au 10 mai 1997, il est indispensable de briser le cycle d’impunité, sinon on aura la paix des vainqueurs et la soif de vengeance des vaincus. En effet, la communauté internationale semble s’accommoder d’une certaine impunité du régime du FPR, aussi longtemps que les victimes sont les réfugiés hutu et ce, depuis longtemps. […] Que Paul Kagame se vante d’avoir planifié et exécuté la guerre au Zaïre, poussant l’arrogance jusqu’à reconnaître que la destruction des camps faisait partie de ses objectifs (The Monitor, Thursday, July 10, 1997), prouve à suffisance qu’il est sûr de son impunité. Il est tellement sûr qu’il s’étonne que les Nations Unies ne l’«aient pas fait plus tôt». [...] Le FPR, qui a jusqu’ici joui d’une immunité totale contre toute sorte de bavures, ne veut pas perdre ce privilège. […] Toute cette série noire contribue à renforcer l’idée que le FPR est assuré d’une certaine impunité, comme s’il était investi d’une quelconque mission tellement spéciale dans la région que personne ne veut l’indisposer. Comment se fait-il, en effet, que l’intervention militaire rwandaise pour renverser le président Mobutu, et plus tard son successeur Kabila, passe aussi aisément, tandis que même la Tanzanie a eu du mal à faire avaler son invasion de l’Ouganda, en 1979, alors qu’elle avait été provoquée, et que le tenant du pouvoir en Ouganda, le Maréchal Idi Amin, était sans nul doute plus détestable que le Maréchal Mobutu? […] Comme le disait Obasanjo à l’époque, ceux qui, aujourd’hui, n’osent pas condamner le régime du FPR pour ses aventures militaires à l’extérieur de ses frontières sont en train de cajoler en noces un tigre qui, le moment venu, pourrait aussi les dévorer.
(Extrait du livre de Gaspard Musabyimana, « L’APR et les réfugiés rwandais au Zaïre 1996-1997. Un génocide nié », Paris, Editions L’Harmattan 2004).
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Aloysie Inyumba, la ministre du Genre et de la promotion de la famille, a remporté le Prix "Amelia Earhart", du nom de la première femme à voler en solo à travers l'océan Atlantique. Inyumba est récompensée en reconnaissance de son courage politique et de sa détermination à promouvoir la paix dans son pays. Elle recevra ce prix avec deux autres femmes : Virisila Buadromo de Fidji et de Chi Yvonne Leina du Cameroun.